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File:John Houbolt and LOR2.jpg

John Houbolt expliquant le principe du LOR

 

Personnage clé du programme Apollo, John Houbolt est récemment décédé à l'âge de 95 ans. Cet ingénieur à la NASA a en effet joué un rôle déterminant en se faisant l’avocat du rendez-vous lunaire; la méthode retenue pour atteindre la Lune.

En 1960, alors qu’aucun astronaute de Mercury n’a encore volé, la NASA travaille d’arrache-pied afin d’adopter le meilleur scénario qui permettra d’atteindre la Lune. Trois chemins sont explorés. Le premier est le mode direct qui prévoit d’employer une seule fusée surpuissante pour la totalité du train spatial, l’ensemble atterrissant sur la Lune et revient ensuite sur Terre. Un peu comme la fusée de Tintin. C’est dans cette optique que le lanceur Nova est ainsi envisagé. La plus puissante configuration de cette fusée aurait permis de développer jusqu'à 9 000 tonnes de poussée. La seconde option était le rendez-vous en orbite terrestre (EOR). Ici, le train spatial est assemblé autour de la Terre avec au moins deux fusées (moins puissantes que Nova) avec un profil de vol similaire à celui du premier scénario. Pour l’anecdote, Werner von Braun était partisan de cette option. Le troisième choix était celui du rendez-vous en orbite lunaire (LOR). Le train spatial était assemblé pendant le trajet Terre-Lune avant de s’insérer en orbite lunaire. Cette solution permettait d’optimiser l’ensemble de la masse à envoyer autour et sur notre satellite. Surtout, elle ne nécessite qu’une seule fusée pour l’intégralité des éléments.

Contending lunar landing modes

Des trois techniques envisagées pour aller sur la Lune, la NASA retiendra celle du LOR fin 1962

Une méthode d’origine russe

Mais il faut d'abord rendre à César ce qui est à César. John Houbolt n’est en effet pas l’inventeur du LOR. C’est le savant soviétique d’origine ukrainienne Aleksandr Ignatyevich Shargei, dit Youri Kondratyuk, qui le premier théorise le concept en 1916. L'idée est reprise à la toute fin des années 50 par un ingénieur de Chance Vought alors que l’envoi d’hommes dans l’espace relève encore de la fiction. En poste au centre spatial de Langley, John Houbolt sut en percevoir l’importance. Cependant, il lui faut convaincre les responsables de l’administration spatiale d’opter pour cette solution. Ce travail va lui demander deux ans d’efforts. A cette époque, c’est le rendez-vous en orbite terrestre qui est jugé plus sure par la NASA. Werner von Braun lui-même juge cette solution préférable. A force de ténacité, et surtout de réunions de travail détaillant concrètement la méthode, John Houbolt persuade les responsables de la NASA que le LOR est préférable. Allant jusqu’à risquer sa carrière, il court-circuite la hiérarchie en envoyant directement une lettre à Robert Seamans, l’administrateur adjoint de la NASA le 15 novembre 1961. « Voulons-nous aller sur la Lune ? Et si c'est le cas pourquoi restreignons nous à ce point nos axes de recherche sur le sujet ?... », déclare-t‘il dans sa lettre. Défendant son point de vue, Houbolt précise que le LOR permettrait d’économiser jusqu’à 25 milliards de dollars*. Mais l’idée se fraye un chemin dans les méandres administratifs de la NASA. Werner von Braun, jusque là plutôt hostile s’y rallie le 1er juillet 1962. Dix jours plus tard, la NASA retient officiellement le rendez-vous lunaire. Ce choix est définitivement validé le 7 novembre alors que la firme Grumman est retenue comme fournisseur pour construire le LM. Au cours de la mission Apollo 9, La toute première jonction entre un vaisseau Apollo habité et un module lunaire se déroule avec succès le 3 mars 1969 en orbite terrestre toutefois. Les astronautes Jim Mc Divitt, Rusty Schweickart et Dave Scott s'acquittent avec brio de cette tâche. Bien des années plus tard en 1982, Georges Low, administrateur adjoint de la NASA lors du programme lunaire, écrivit que « si le mode LOR n’avait pas été choisi, Apollo n’aurait pas réussi. » 

Une idée pour laquelle John Houbolt aura bataillé avec opiniâtreté pendant deux ans, qui d'une part lui vaudra la "NASA Exceptional Scientific Achievement Medal" et permettra le triomphe d'Apollo 11 cinq mois avant l'échéance fixée par Kennedy en 1961.

Antoine Meunier

 

 

Crédit photos et vidéo : NASA

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* Le coût total final d’Apollo

 

 

 

©         La Chronique Spatiale (2014)

Une petite animation de la NASA du début des années 60 qui explique le principe du rendez-vous. A revoir.

Tag(s) : #Histoire

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