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C'est dans le cadre du 51ème Salon du Bourget que l'astronaute français a répondu aux questions de "LCS"

C'est dans le cadre du 51ème Salon du Bourget que l'astronaute français a répondu aux questions de "LCS"

Fin 2016, Thomas Pesquet prendra ses quartiers sur la Station spatiale internationale pour six mois. Rencontre lors du dernier SIAE avec celui qui sera le dixième astronaute français dans l’espace au cours de l’Expedition 50.

Sept ans après votre sélection, vous rejoindrez enfin l’ISS. Cela aura été « sept ans d’action » ou « sept ans de réflexion » ?

D’action, bien sur ! Depuis que j’ai été désigné pour cette mission (Soyouz MS-03), je n’ai pas arrêté. En plus, j’ai la chance, ou la malchance, c’est au choix, d’être la doublure d’Andreas Mogensen pour son lancement de septembre. Je m’entraîne donc avec deux équipages et même deux véhicules différents. Puisqu’Andreas utilisera le Soyouz TMA-M pour son vol tandis que moi j'embarquerai à bord de la version MS, l’année prochaine. Je suis donc resté bien occupé depuis 2009.

OK. Alors, allons-y pour la grande question : peut-on enfin révéler le nom de votre mission ?

Non, toujours pas (sourires). En fait, nous allons prochainement organiser un événement pour cela et nous essayerons d’avoir le patch. Nous avons eu un peu de retard à l’allumage pour des raisons internes mais je pense que c’est en bonne voie pour se faire bientôt.

SI l'ISS se veut un laboratoire scientifique, elle doit aussi servir à préparer la suite de l'exploration spatiale...

SI l'ISS se veut un laboratoire scientifique, elle doit aussi servir à préparer la suite de l'exploration spatiale...

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre futur travail dans l’ISS ?

Quelque soit l’environnement extrême dans lequel vous êtes, 50 % du temps reste consacré à la maintenance des systèmes. Le sport est indispensable pour nous maintenir en forme à cause de la micropesanteur. Les 50 % restant vont à la recherche scientifique. Les conditions d’impesanteur donnent accès à des propriétés physiques pour étudier les matériaux ou les alliages dans des conditions quasiment impossible à reproduire sur Terre. Cela permet ensuite de générer des brevets.

Le programme scientifique de votre mission est-il défini ?

Il est en cours de validation. Plus de cinquante expériences ont été mises sur pied pour mon vol dans les domaines des matériaux, de la médecine, de la physiologie. L’Inserm y est d’ailleurs associé. C’est même la première fois que cet institut participe à une mission spatiale. Toutefois, à H-18 mois, nous en sommes encore au stade préliminaire. Je pense qu’à H-6 mois, tout sera bouclé. J’aimerais également ajouter un point : notre ambition c’est d’utiliser l’ISS comme tremplin pour la suite de l’exploration spatiale…

Justement, Samantha (Cristoforetti) a passé 200 jours en orbite. Scott Kelly et Mikhaïl Kornienko sont à bord pour un an. D’après vous, quelle limite le corps peut-il supporter dans l’espace ?

(Il réfléchit) Il y a plusieurs moyens de répondre à cette question. Grâce à l’exercice physique, on arrive aujourd’hui à éliminer presque totalement la perte de masse osseuse et de masse musculaire. Sans cela, nous aurions de très gros problèmes à la colonne vertébrale notamment. Ce que nous n’arrivons pas éliminer, ce sont les radiations. Qui dit radiations, dit blindage et cela devient une mission très lourde que l’on ne peut plus envoyer. En termes de rayonnement, je crois que l’on ne pourrait pas faire plus de trois missions de six mois. C’est un maximum. Si on sort des Ceintures de Van Halen, la protection du champ magnétique terrestre, on se met dans une situation compliquée. Si en plus, on reçoit une éruption solaire, on prend une dose de radiations qui n’est pas raisonnable. C’est peut-être la plus grande limite que l’on a aujourd’hui. La solution serait de voler plus vite. Si on pouvait atteindre Mars et revenir plus rapidement, on a la même exposition au rayonnement mais dans un temps plus court. Et cela devient acceptable. Il y a aussi la limite psychologique quand on se retrouve sans espoir de retour. C’est pire que d’être dans une capsule au fond de l’océan. Bizarrement, c’est la chose la plus difficile à tester. Lors de Mars 500 à Moscou, je me suis demandé si les gars arrivaient à supprimer l’idée de leur tête que, s’il y avait un vrai problème, ils pouvaient appuyer sur le « grand bouton rouge » et arrêter l’expérience. Sur une mission spatiale, il n’y aura personne. Et cette limite on essaye de la tester car on ne la connaît pas encore. Alors à mon avis, je crois qu’au-delà de trois ans dans l’espace, cela commencerait à devenir difficile.

Une mission spatiale passe par une longue préparation comme ici au Johnson Space Center. Thomas Pesquet s'entraîne avec Luca Parmitano à une simulation d'EVA en piscine

Une mission spatiale passe par une longue préparation comme ici au Johnson Space Center. Thomas Pesquet s'entraîne avec Luca Parmitano à une simulation d'EVA en piscine

Vous même où aimeriez-vous aller si vous en aviez la possibilité ?

Mars me fait rêver. Avec mes collègues de la promo 2009, nous n’étions pas nés lors de l’alunissage d’Apollo 11 qui reste la destination ultime de la précédente génération. Nous n’avons pas connu cela. Notre but ultime, c’est Mars. On espère le voir pendant notre carrière opérationnelle.

Envisager d’aller vers Mars dans un contexte comme celui que nous connaissons actuellement, c’est possible ?

Je pense que oui. Il y a eu des ambitions martiennes dans le passé mais qui restaient nationales. Aujourd’hui, on arrive à se mettre d’accord de manière internationale. Je reconnais que c’est compliqué mais on y arrive. Le vaisseau Orion, avec son module de service dérivé de celui de l’ATV, est une capsule prévue pour l’espace lointain*. S’il n’y avait pas cette partie fournie par l’ESA, la mission ne pourrait pas se faire. Pour la première fois, avec Orion, nous sommes sur le chemin critique et la mission ne pourra pas se faire sans notre appui. Les choses avancent. Et dans le futur nous devrons intégrer la Chine. Si nous arrivons à pousser dans la même direction, nous aurons une force de travail supérieure à celle qui existait à l’époque d’Apollo.

En septembre, Andreas Mogensen doit s’envoler pour une mission de dix jours. Il aurait du être accompagné par la chanteuse Sarah Brightman. L’ouverture de l’ISS à des personnes privées est-elle une bonne chose ?

On ne va pas dans l’espace pour faire le « Club des astronautes », se donner des tapes dans le dos et s’accrocher des médailles. On va dans l’espace car c’est utile pour les gens. Nous en sommes convaincus. J’en suis convaincu ! Si nous voulons être représentatifs et inclure tout le monde, on ne peut pas envoyer uniquement des militaires et des ingénieurs dans l’espace. Il va falloir que cette conquête spatiale s’ouvre petit à petit et c’est logique. C’est toujours comme cela que ça s’est fait. Lors de la conquête du Nouveau Monde avec Christophe Colomb, on a envoyé des profils militaires. Il fallait faire face au danger et à l’imprévu. Il fallait mettre en place les bases avant de pouvoir aller plus loin. Après, cela s’est ouvert au plus grand nombre. Et bien c’est exactement ce que nous essayons de faire dans l’espace. Dans l’orbite basse terrestre, nous en sommes à ce tournant, où nous les astronautes professionnels, finissons de maîtriser la station (les bases). Je pense que nous devrions l’exploiter jusqu’en 2025. Ensuite, on ouvrira l’orbite basse au secteur privé. On espère que la majorité des gens aura accès à ce territoire. J’aimerais voir cette évolution là avec l’apparition d’autres profils moins techniques. Des profils plus littéraires qui peuvent parler de tout cela c’est important pour raconter et toucher les gens.

Propos recueillis par Antoine Meunier

Remerciements à Jean Coisne

 

 

Crédit photos : Antoine Meunier/ESA-S.Corvaja/NASA                                               

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lachroniquespatiale@gmail.com

 

 

*En 2018, la mission EM-1 inhabitée de la capsule Orion doit effectuer un trajet aller-retour entre la Terre et la Lune. Le module de service sera fourni par l’ESA.

 

 

 

 

©                                 La Chronique Spatiale (2015)

 

Tag(s) : #Interviews

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