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Déterminant pour la mise au point de la navette spatiale, le X-15 compte finalement plus de vols pilotés que cette dernière : 199 contre 135

Déterminant pour la mise au point de la navette spatiale, le X-15 compte finalement plus de vols pilotés que cette dernière : 199 contre 135

Les lanceurs réutilisables sont à la mode. A l’initiative de l’Association astronautique et aéronautique de France (3AF), une conférence s’est tenue sur le sujet à la mairie du XVème arrondissement de Paris mardi 20 septembre dernier. L'occasion de dresser un bilan non exhaustif de la question.

L’idée de pouvoir réemployer une fusée ne date pas de la naissance de la conquête spatiale, elle est en fait bien antérieure. Les engins réutilisables comme que nous les connaissons aujourd’hui prennent tous leur source dans le Silverbogel (Oiseau d’argent) de l’ingénieur allemand Eugene Sanger. S’il avait pu voler, il aurait pu être le premier corps portant de l’Histoire de l’aérospatiale. Toutefois, comme l’a rappelé Pascal Bultel spécialiste des lanceurs réutilisables qui réalisait l'exposé, « il y a plusieurs avions spatiaux qui découlent directement du projet de Sanger : le RT-8 de Dornier ou le Hopper du DLR. Il y aussi le Dynasoar X-20 de Boeing et le bombardier Keldysh Russe ». La réplique russe au X-20 sera le Mig 105 Spiral. Cependant, ni le X-20 ni le Keldysh ne quitteront la terre ferme, à l’inverse du X-15 dont les travaux de recherche ont été déterminants pour la mise au point de la navette spatiale américaine. Au cours de ces cinquante-cinq dernières années, « ces deux véhicules sont les deux seuls lanceurs réutilisables pilotés ayant fonctionné », rappelle d’ailleurs Pascal Bultel. Bien que suborbital, le X-15 a même été réutilisé plus de fois que la navette : 199 vols contre 135 à la navette. Si cette dernière fut un échec commercial, c’est une réussite en terme de polyvalence. STS-49 : réparation du satellite Intelsat 6, STS-51A : premier satellite ramené au sol, STS-61 : mission de maintenance du télescope spatial Hubble (HST) ou encore toutes les missions liées à la construction de l’ISS pour un coût moyen de 775 millions de dollars par vol. Comme on le voit avec l'exemple de la navette, il y a la possibilité de réaliser différentes tâches une fois en orbite.

Conçu pour être envoyé en orbite, le Dyna-Soar X-20 aurait pu être le successeur du X-15. Ce sera finalement le Shuttle en 1981. La photo nous montre l'atterrissage de la mission STS-122Conçu pour être envoyé en orbite, le Dyna-Soar X-20 aurait pu être le successeur du X-15. Ce sera finalement le Shuttle en 1981. La photo nous montre l'atterrissage de la mission STS-122

Conçu pour être envoyé en orbite, le Dyna-Soar X-20 aurait pu être le successeur du X-15. Ce sera finalement le Shuttle en 1981. La photo nous montre l'atterrissage de la mission STS-122

Rendre à César…

Et il est temps de rendre à César ce qui appartient à César. Car c’est à l’époque du X-15, au début des années 1960 donc, que sont inventés bon nombre de concepts qu’Elon Musk et Jeff Bezos, pour ne citer qu’eux essayent aujourd'hui de fiabiliser. Dans les années 60, Phil Bono,  un ingénieur de la firme Douglas, a ainsi développé différents schémas parfois dans des proportions surréalistes. On peut retenir le Pegasus : un lanceur mono-étage de 90 tonnes capable de parcourir la distance New-York Bombay en 40 minutes. Il y a encore l’Ithacus. Ce dernier aurait été lancé depuis un navire équivalent en masse au porte-avions nucléaire Enterprise. La masse au lancement aurait été de 450 tonnes. Aujourd’hui, c’est Space X qui utilise une barge maritime mais pour récupérer ses lanceurs en pleine mer... Il serait impossible d’énumérer tous les lanceurs ou projets de lanceurs réutilisables jamais imaginés, on n’en compte près de trois cents. « Aux Etats-Unis, les concepts verticaux sont étudiés depuis 1959 », indique Pascal Bultel qui souligne "une spécificité américaine". Jeff Bezos et Elon Musk cherchent avant tout à perfectionner et à fiabiliser ce qui a été imaginé dans le passé doit-on comprendre.

Space X et son premier étage de Falcon 9. Adeline, le concept de baie propulsive testée par ASL en 2015. En 2019, le démonstrateur Callisto du Cnes pourrait être testé depuis Kourou
Space X et son premier étage de Falcon 9. Adeline, le concept de baie propulsive testée par ASL en 2015. En 2019, le démonstrateur Callisto du Cnes pourrait être testé depuis Kourou
Space X et son premier étage de Falcon 9. Adeline, le concept de baie propulsive testée par ASL en 2015. En 2019, le démonstrateur Callisto du Cnes pourrait être testé depuis Kourou

Space X et son premier étage de Falcon 9. Adeline, le concept de baie propulsive testée par ASL en 2015. En 2019, le démonstrateur Callisto du Cnes pourrait être testé depuis Kourou

Et le futur ?

En Europe, pour la prochaine décennie il serait envisageable de récupérer la baie propulsive du premier étage des fusées de la prochaine décennie*. Il s’agit du concept Adeline. Cette option a été testée sur les bases d’Evreux et de Châteaudun en juin 2015. A noter qu’il s’agit comme pour Space X d’un concept partiellement réutilisable. Ce principe pourrait s’adapter pour former l’évolution suivante d’Ariane 6. D’autres tests pourraient être menés mais ils nécessitent des investissements supplémentaires qui restent à déterminer.

On peut également citer une autre voie qui est explorée par le Cnes avec Callisto, et qui évoque le premier étage d’une fusée Falcon 9. Prévu pour grimper à 100 km d’altitude, ce démonstrateur de dix mètres de haut est prévu pour revenir se poser sur son site d’atterrissage. Ce programme serait réalisé en collaboration avec le Japon qui fournirait la motorisation pour un essai en 2019 sur le Centre spatial guyanais (CSG). Callisto aurait un coût estimé de 100 millions d’euros. La première phase des travaux a débuté en novembre 2015. En octobre, il est prévu que le Cnes, le DLR et la JAXA discute des possibilités d'une collaboration à trois**.

Si techniquement, rien ne semble s’opposer à la récupération, d'une partie ou de la totalité d'un lanceur, il y a toutefois le problème des coûts récurrents qui se pose. Une donnée sur laquelle restent encore silencieux Space X et Blue Origin qui ont respectivement procédé à six et cinq essais réussis de récupération depuis 2015. On ne sait ainsi toujours pas le prix d'une remise en état d'un premier étage de Falcon 9 ou de New Shepard. Une chose est toutefois certaine c'est que la piste de la réutilisation n'est pas prête d'être abandonnée. Reste à trouver la solution la plus fiable et le modèle économique qui va avec...

Antoine Meunier

 

 

Crédits photos : NASA/Space X/ASL/CNES

Crédit vidéo : Blue Origin

Contacts

http://lachroniquespatiale.over-blog.fr

lachroniquespatiale@gmail.com

 

*United Launch Alliance envisage aussi de récupérer les propulseurs du premier étage de sa fusée Vulcan en étant encore plus audacieux. Pendant leur descente sous parachute, ils seraient capturés par un hélicoptères

** Cf Cnes Mag N°68 Mai 2016

 

 

 

 

 

©                                            La Chronique Spatiale (2016)

Après un vol en novembre 2015, le New Shepard de Blue Origin remettait cela deux mois plus tard en janvier dernier. La vidéo à redécouvrir...

Tag(s) : #Histoire

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