Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Hier au Salon du Bourget, Thomas Pesquet a notamment rencontré le président de la République

Hier au Salon du Bourget, Thomas Pesquet a notamment rencontré le président de la République

Incontestablement, Thomas Pesquet sera la vedette de ce 52ème Salon international de l’aéronautique et de l’espace (SIAE) où il a notamment rencontré hier le président Macron. Rentré de l’ISS il y a un peu plus de deux semaines à l’issue de la mission Proxima, l’astronaute Normand a bien voulu répondre aux questions de La Chronique Spatiale.

Comment se passe votre récupération ? Y’a-t-il des choses que vous ne pouvez pas faire ?

Au début, c’était conduire. A cause des perturbations du système vestibulaire, on risque des vertiges quand on est au volant. Mais au bout de quatre jours, le neurologue a dit « il est bon, il peut conduire ». Autrement, on ne peut pas courir car c’est un peu dur pour les articulations. Les os n’ont pas ressenti cette charge mécanique depuis six mois. Petit à petit, je récupère ces choses là. Mais aujourd’hui, il ne reste rien que je n’ai pas le droit de faire. Toutefois, je ne vais pas non plus me lancer dans un marathon ou une compétition de parachutisme tout de suite. Mais je le ferai avant la fin de l’été…!

Vous m’avez un jour précisé que la perte de masse osseuse lorsqu’on est dans l’ISS est limitée à 10 % grâce aux exercices physiques. Lors de votre retour sur Terre, à combien étiez-vous ?

Cela dépend des zones du corps. Je crois que dans le bassin, c’est là que l’on perd le plus. Je n’étais même pas à 8%. Dans la colonne vertébrale, j’étais à zéro. Globalement, cela marche très bien d’avoir la machine de musculation dans la Station spatiale internationale. Cela limite vraiment beaucoup la perte osseuse et musculaire.

L'équipage du Soyouz MS-03 au grand complet. Seule Peggy Whitson est restée sur l'ISS, Thomas Pesquet et Oleg Novitsky. "Je lui ai dit de prendre soin d'elle", confie le Français

L'équipage du Soyouz MS-03 au grand complet. Seule Peggy Whitson est restée sur l'ISS, Thomas Pesquet et Oleg Novitsky. "Je lui ai dit de prendre soin d'elle", confie le Français

Les adieux avec Peggy Whitson, on l’a vu, étaient très émouvants. Que vous êtes-vous dit en vous disant au revoir ?

Je lui ai tout simplement dit de prendre soin d’elle car nous étions devenus un peu une famille. Il y avait une vraie cellule familiale à bord de la station. C’est tout bête mais Peggy me disait toujours de manger mes calories car elle avait l’impression que je perdais du poids. Et de mon côté, je lui disais la même chose ! Je lui ai également dit de faire attention car elle va rester longtemps (elle revient sur Terre le 2 septembre. J’ai dit à Jack Fischer de faire de même. Aujourd’hui, ils sont devenus plus que des amis.

Votre expérience sur la Station NEEMO* vous a-t-elle été utile au cours de votre séjour en orbite ?

Bien sur ! Vous êtes quand même dans un environnement extrême. Ce que vous faîtes dedans a des conséquences. Hors de l’ISS, c’est le vide. Il y a des dangers qui guettent comme une dépressurisation intempestive ou une micrométéorite qui peut frapper la structure. Nous avons toujours cela derrière la tête mais nous y sommes évidemment entraînés. De s’être mis avant le jour J dans un environnement similaire où nous sommes entourés de dangers, c’est une bonne chose. Cela donne ce petit « warning » que l’on a toujours un peu dans la tête et qui nous dit que ce n’est pas comme ici ou le pire truc qui puisse m’arriver c’est de faire tomber un verre.

Thomas au cours d'une sortie extravéhiculaire lors de l'expérience sous-marine NEEMO 18 en 2014

Thomas au cours d'une sortie extravéhiculaire lors de l'expérience sous-marine NEEMO 18 en 2014

Que peut-on répondre aux détracteurs des vols habités ?

Les gens disent « cela coûte cher ». Ce n’est pas vrai. Les chiffres nous les avons à l’ESA, c’est 11 euros par an et par citoyen européen au total de l’agence. Ce qui comprend toutes les applications spatiales (Ariane, satellites météo, etc…). Les vols habités c’est 10% de cela. En gros, nous sommes à 2 euros. Ce qui correspond grosso modo au prix d’un café. Quand on voit ce que l’on peut faire avec le prix d’un café, les gens disent l’ISS cela coûte cher mais ce sont les Américains et les Russes qui ont payé. L’Europe a payé un petit bout (8,3% du coût total) et elle arrive à avoir tous les résultats que nous avons. Nous sommes gagnants dans cette affaire. Je ne veux taper sur personne mais il y a des gens qui mettent cinq fois ce prix là par jour dans les jeux d’argent et qui me reprochent à moi, qui ne décide pas les budgets, de mettre cela une fois par an dans un truc qui fait avancer la Recherche et qui créé du progrès et de la connaissance. Cela créé du boulot en plus ! Ce n’est pas de l’argent qui s’envole car on l’investit dans l’industrie européenne et dans le tissus aéronautique français. On essaye d’explorer et de faire de la science. Ce n’est que du positif et en même temps nous faisons rêver les enfants. Alors parfois, je ne comprends pas le procès que l’on nous fait.

Parmi les expériences menées, lesquelles seraient selon vous susceptibles d’apporter des retombées ?

J’en vois déjà deux. Il y a Aquapad pour le traitement de l’eau qui a des répercussions immédiates. Il y a Matiss pour les surfaces innovantes qui pourra être utilisée dans les hôpitaux. Et je pourrais en citer un tas d’autres.

Avez-vous réussi à jouer aux dés ?

(Sourires !) Non pas vraiment ! mais j’ai réussi à jouer aux cartes avec des amis restés sur Terre. Ma compagne m’avait fait monter quatre donnes de cartes et mes amis avaient gardé le reste du jeu et en vidéoconférence nous avons réussi à jouer quelques minutes.

Quel sera le futur pour vous ?

On verra. Vous savez les astronautes c’est comme à l’armée. Nous sommes là pour nous entraîner et rester au top niveau. Et quand il y a la mission, il faut y répondre. Moi je ne sais pas mais on verra. Suspense… !

Propos recueillis par Antoine Meunier

Remerciements à Jules Grandsire de l’EAC

 

 

 

Crédits photos : Antoine Meunier/NASA

Contacts

http://lachroniquespatiale.over-blog.fr

lachroniquespatiale@gmail.com

 

 

 

*NEEMO (NASA Extreme Environment Mission Operations) est le nom d'un programme de la NASA destiné à isoler des groupes de scientifiques dans un milieu clos pour étudier les réactions des personnes soumises à des conditions similaires à celles que rencontrerait un équipage d'un vaisseau spatial isolé de la Terre au cours d'un long séjour. Thomas Pesquet a participé à deux simulations sur cette base lors de NEEMO 17 (9 au 13 septembre 2013) et NEEMO 18 (21 au 29 juillet 2014).

 

 

 

 

 

 

 

 

©                                      La Chronique Spatiale (2017)

 

Tag(s) : #Interviews

Partager cet article

Repost 0