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Challenger flight 51-l crew

L'équipage de Challenger. Au premier rang de gauche à droite, Mike Smith, Dick Scobee et Ron Mc Nair

Second Rang : Ellison Onizuka, Christa Mc Auliffe, Greg Jarvis et Judith Resnick

 

Le 28 janvier 1986, le programme spatial américain connaît l’un des ses plus sérieux revers. Sept astronautes sont tués lors de l’explosion de la navette Challenger soixante-treize après le décollage.

Depuis Apollo 11, le commun des mortels considère l’envoi d’hommes et de femmes dans l’espace comme de la routine. Toutefois, la mission Apollo 13 rappelle qu’il n’en est rien. Avec le démarrage de la navette en 1981, l’Amérique dispose d’un engin nouveau et réutilisable. Avec la navette, la NASA a de sérieuses ambitions dont celle de faire baisser le prix de mise en orbite. Pour 1986, quatorze vols sont programmés. Mais surtout, il faut relancer l’intérêt du public pour l’espace. Aussi, l’initiative Teacher in Space est-elle lancé en août 1984 par le président Reagan lui-même. Ce programme a notamment comme objectif de stimuler l’intérêt des jeunes pour les sciences en utilisant la profession d’astronaute comme catalyseur. En 1985, 11 000 enseignants américains ont postulé à « Teacher in Space ». Deux candidatures sont finalement retenues ; celles de Sharon « Christa » Mac-Auliffe et de Barbara Morgan*. Sharon Mac-Auliffe est choisie pour la mission STS 51-L projetée en janvier 1986, Morgan sera sa doublure. L’intérêt pour ce vol est énorme puisque la jeune enseignante doit donner des cours depuis l’espace. Mais le 28 janvier personne n’imagine ce qui va se produire. Après seulement soixante-treize secondes de vol, la navette Challenger explose tuant ses sept membres d’équipage. L’événement, suivi en direct à la télévision par des millions de téléspectateurs, provoque une immense émotion. Durant plus de trente mois, les vols sont suspendus. L’enquête révèle que les joints toriques du booster droit ont été fragilisés par un froid exceptionnel survenu pendant la nuit. Un troisième joint sera inséré entre les différents segments composant le propulseur à poudre.

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Charles Bolden, l'administrateur de la NASA a rendu hommage aux astronautes disparus le 27 janvier.

 

Une position intégralement revue

Tous les vols sont supprimés. Mais cette « mise à pied » de la navette ne sera pas sans conséquence. D’abord, sur l’ensemble du programme spatial lui-même. Ainsi, le lancement de la sonde Galileo, qui doit explorer Jupiter et ses lunes, n’interviendra qu’en 1989. La mise à poste du télescope spatial Hubble n’arrive qu’en 1990. Mais surtout, les procédures de mission sont revues car la NASA a sacrifié la sécurité des astronautes à un planning de vols bien trop serré et irréaliste. Si quatorze vols étaient programmés avec les quatre orbiteurs sur 1986, le maximum sera atteint avec neuf missions en 1985. Par ailleurs, sur la navette il n’y a pas de sièges éjectables. Ils ont été supprimés après la quatrième mission d’essai. Finalement, une perche permettant l’évacuation de l’équipage sera installée sur les orbiteurs. Toutefois, ce système n’est utilisable uniquement pendant le vol plané de retour…jsc2007e13555

Barbara Morgan, doublure de Christa Mc Auliffe volera finalement sur Endeavour lors de la mission STS-118

 Un second coup de tonnerre

Entre 1981 et 1986, la NASA a tout misé sur la navette. Mais cette position sera intégralement revue au cours des vingt-cinq années suivantes. La totalité des satellites commerciaux sera expédié par des lanceurs classiques. La navette reste désormais réservée à la science et à l’exploration. Douze ans plus tard, le chantier de l’ISS démarre mais le destin frappera une nouvelle fois. La NASA perd la navette Columbia le 1er février 2003, cette fois-ci lors de la rentrée atmosphérique. Le destin de la navette est désormais scellé. A l’exception d’une ultime mission de maintenance vers Hubble en 2009, l’agence spatiale américaine utilise ses trois navettes restantes pour terminer l’ISS. Si cette aventure a pris la vie de quatorze astronautes, il n’en demeure pas moins que la navette reste dans les mémoires comme le plus extraordinaire engin à tout faire de l’espace. Malheureusement, ce « camion de l’espace » n’a finalement rempli sa mission première qu’à la fin de sa carrière : faciliter la construction de l’ISS. Concept avant-gardiste par excellence, elle a tout de même permis la mise en orbite de satcoms et d’engins d’exploration planétaire. Mais le concept est-il encore d’actualité ? La récente mission du X-37 (un vaisseau automatique) réalisée par l’armée américaine montre que l’idée n’est pas totalement morte. Reste à inventer un engin fiable qui assure des allers-retours fréquents avec l’orbite.

Antoine Meunier

 

Crédits photos : NASA

 

Contacts

http://lachroniquespatiale.over-blog.fr

lachroniquespatiale@gmail.com

 

*Intégrée dans le corps des astronautes en 1998, Barbara Morgan, elle-même enseignante volera finalement lors de la mission STS-118 en 2007 et donnera des cours depuis l’orbite.

(Interview disponible dans le N°37 d’Espace Magazine : mai/juin 2008) 

 

 

 

©                     La Chronique Spatiale (2011)

Tag(s) : #Histoire & Culture

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