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 crew A14L'équipage d'Apollo 14. De gauche à droite : Ed Mitchell, pilote du Lem; Al Shepard, commandant et Stu Roosa, pilote du module de commande

 

Si l’on a évoqué récemment l’anniversaire de la catastrophe de Challenger, il y a quarante ans avait lieu la troisième marche sur la Lune le 5 février 1971.

L’homme qui commande Apollo 14 est un miraculé. A quarante-sept ans, Alan Bartlett Shepard vient de réaliser l’objectif qu’il s’était fixé huit ans après qu’on lui eut diagnostiqué un syndrome de Menière. Cette pathologie cause des vertiges, des acouphènes voir une surdité. Autant dire que pour un pilote, c’est une mort lente. Pendant plus de six ans, Shepard fait tout pour rester dans le circuit. Son copain de Mercury, Deke Slayton, également interdit de vol pour problèmes cardiaques, lui demande de l’épauler dans la direction du Bureau des astronautes. Shepard devient donc un manager alors que c’est un homme d’actions ! Il va s’occuper de la planification des vols avec Slayton. Réputé pour ne pas être un homme facile, sa secrétaire affichait quotidiennement sur la porte de son bureau une photo de son supérieur qui traduisait l’humeur du jour. Malheur à celui qui n’y prenait pas garde.Shepard

"La route a été longue mais nous y sommes" (Alan B. Shepard, février 1971)

Facilité pour se nommer ?

Les détracteurs de Shepard diront qu’il n’aura eu aucun mal à décrocher son billet pour les monts Fra Mauro* compte tenu de sa position au Bureau des astronautes.  II importe de préciser que la mission connut plusieurs problèmes. mineurs.  Alors que le train spatial est en route pour la Lune, le vaisseau Apollo Kitty Hawk doit extraire le module lunaire Antarès du troisième étage désormais inutile de la fusée Saturn V. Plusieurs tentatives sont nécessaires pour y parvenir car le voyant vert indiquant l’arrimage entre les deux vaisseaux ne s’allume pas. Une bonne demi douzaine de tentative seront nécessaires avant l’amarrage solide des deux vaisseaux. En orbite lunaire, Une fois séparé de Stu Roosa resté dans le module de commande Kitty Hawk, c’est le programme de descente simulé qui pose problème à Shepard et Mitchell. Cette simulation doit tout activer sauf le moteur de descente. Seulement aucun signal n’annonce le démarrage du programme dans les ordinateurs de bord. Ensuite, c’est l’annulation du programme de descente qui se manifeste sous la forme d’un voyant lumineux. Par miracle, il s’agissait d’une simple interférence. Cependant, le problème est suffisamment sérieux pour qu’on tire du lit Donald Eyles, un ponte du MIT pour réaliser un programme qui devait éliminer l’interférence présente dans le LEM. Eyles a participé à l'élaboration de l'informatique du vaisseau. Si quelqu'un peut  faire quelque chose, c'est lui. Il résolut le problème tout en conservant l’option d’annulation automatique. Mais les deux astronautes n’étaient pas au bout de leurs peines.swing

Cette image montre Shepard en train de préparer ce qui restera probablement les deux seuls uniques coup de golf lunaire

Swing lunaire

Malgré son titre de pilote du module lunaire, Ed Mitchell ne pilotait pas Antarès. Il secondait Shepard et lui fournissait toutes les données pendant la descente. De fait, il indiqua un nouveau problème : le radar de bord ne renvoyait pas de signal. A huit petits kilomètres de la surface lunaire, le premier américain à être allé dans l’espace était furieux que l’engin volant le plus sophistiqué qui soit se montre aussi récalcitrant. Mais la procédure était formelle : un radar inopérant signifiait pas d’alunissage. Et Antarès descendait toujours vers la Lune… A Houston, on confirma qu’aucun signal du radar d’alunissage ne s’était manifesté. Si le LEM ne pouvait se poser, c’était une véritable catastrophe car cela pouvait signifier la fin définitive du programme Apollo. Hors depuis le dramatique retour d’Apollo 13, la NASA n’avait vraiment pas besoin de cela. La mort dans l’âme, le commandant de la mission lança : « Ok, à 3 900 mètres, nous basculons le vaisseau et nous activons le programme de remontée*… ». Le compte à rebours de la remontée devait démarrer à 4 200 mètres. Mais un autre miracle se produisit, à 3 900 mètres, les deux hommes réinitialisèrent leur radar qui renvoya enfin une image radar. Le LEM Antarès pouvait se poser en toute sécurité dans Cone Crater, leur objectif final dans les monts Fra Mauro. Ils réalisèrent d’ailleurs l’alunissage le plus précis en se posant à 46 mètres du point prévu. Mais avec ou sans radar, Shepard n’aurait probablement pas renoncé.

Swing lunaire

Il n’eut pas de phrase historique après avoir descendu l’échelle de coupée du module. Seulement ceux d’un homme heureux d’avoir mis presque une décennie à concrétiser les objectifs qu’il s’était fixé : vaincre sa maladie et marcher sur la Lune. « La route a été longue mais finalement nous y sommes.. », lança-t-il depuis l’espace. En neuf heures et vingt-deux minutes d’EVA sur la Lune, les deux hommes réaliseront diverses expériences et rapportent plus de quarante kilos de roches. Mais Shepard réservait une surprise aux téléspectateurs…

Alors qu’ils revenaient de leur seconde excursion, il fixa un Fer numéro six au manche du collecteur d’échantillons puis déclara à la caméra : « Dans ma main gauche, j’ai une petite balle blanche que des millions d’américains connaissent bien ». Son premier swing ne fut pas vraiment une réussite mais le commandant avait une seconde cartouche. La deuxième balle s’envola droite comme un i « sur des miles et des miles et des miles », selon Shepard. C’est du moins ce que retiendra l’histoire de cette mission qui a vu le retour au premier plan du premier astronaute américain. Et malgré l’annulation des missions 18, 19 et 20, Apollo 14 effaçait l’échec du vol précédent. La NASA allait pouvoir lancer des missions encore plus ambitieuses avec l’utilisation de la fameuse jeep lunaire.

Antoine Meunier

 

* Objectif initial de la mission Apollo 13, interrompu suite à l’explosion d’un réservoir du module de service

**Toutes les citations sont extraites du livre d’Alan Shepard et Deke Slayon « Ils voulaient la Lune » (ed J’ai lu : 1996)

 

Crédits photos : NASA

 

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