Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

STS-135_Official_Crew_Photo.jpg

Les quatre astronautes de STS-135. De gauche à droite, Rex Whaleim, Doug Hurley, Chris Feguson et Sandra Magnus

 

Pour l’ultime mission du programme STS, la navette Atlantis s’est impeccablement élancée du PAD-39A depuis le Centre spatial Kennedy (KSC) à 17h26, heure de Paris. Un spectacle qui fait désormais partie du patrimoine historique de l’astronautique.

La préparation d’une mission dans l’espace exige des mois, parfois des années de préparation. Aussi, lorsqu’un astronaute s’installe dans la navette, ou une capsule, il est concentré sur sa tâche. Pourtant, on peut imaginer que Chris Ferguson (Cdt), Douglas G.Hurley (pilote), Rex Walheim et Sandra Magnus (spécialistes de mission) ont du ressentir la même émotion que Gene Cernan et son équipage lors de la dernière mission lunaire il y a quarante ans. Car STS-135, même s’il ne s’agit pas d’un vol vers la Lune, est à placer au même rang qu’Apollo 17. Elles clôturent toutes les deux un programme de vols habités. Mais si Apollo n’a duré que quatre ans, la navette s’est étirée sur trois décennies complètes. Trente ans pendant lesquelles elle aura accompli de multiples tâches comme lancer des sondes à travers l’espace, placer des satellites en orbite et bien sur permettre la construction de la Station spatiale internationale (ISS). Elle aura accueilli aussi des astronautes de plusieurs nationalités dont sept Français. Et si la navette ne fut pas le succès commercial escompté - comme le Concorde -, elle demeurera un outil d’une extraordinaire polyvalence comme le souligne Jean-François Clervoy (cf.entretien).

 

décollagests135

Vendredi 8 juillet 2011, 33ème et dernier décollage d'Atlantis et d'une navette spatiale américaine

 

Une mission avant tout

Même s’il s’agit de la dernière, il n’empêche pas que l’équipage désigné a un planning de travail chargé. Durant leurs douze jours en orbite, ils doivent apporter le module Raffaello à l’ISS, qui, à l’inverse de son collègue Leonardo n’a pas subi de modification et redescendra donc sur Terre à l’issu de ce dernier vol. Objet de la mission : apporter une année complète de fournitures au complexe orbital ainsi que diverses expériences scientifiques.

largage ET

Séparation du réservoir extérieur avant la mise sur orbite

 

Après, la suite des vols habités américains reposera pendant au moins cinq ans sur le Soyouz avant que n’arrive le MPCV (la capsule Orion). Même si un remplaçant existe, même si objectif est officiellement assigné pour la prochaine décennie (les astéroïdes), on ressent une certaine nostalgie à se dire que, c'est la dernière fois, qu'une navette effectuera son traditionnel rendez-vous avec l’ISS dans quarante-huit heures.

Antoine Meunier

 

 

 

Trois questions à Jean-François Clervoy

 

Jean-Francois Clervoy

A trois reprises, l’astronaute français s’est envolé à bord de la navette spatiale. Il a d’ailleurs effectué deux missions à bord de la navette Atlantis dont une à destination du télescope spatial Hubble (HST) en 1999.

 

LCS : Que ressent-on à l’idée que le programme se termine avec cette ultime mission ?

Jean-François Clervoy : Une tristesse, c’est sur. Cela reste un merveilleux véhicule. Dans l’histoire de l’astronautique, c’est la machine la plus complexe et la plus polyvalente jamais conçue par l’homme. C’est aussi triste car avant l’accident de Columbia en 2003, il y avait un programme bien avancé pour la prolonger jusqu’en 2020 avec le glass-cockpit et d’autres améliorations. L’accident de Columbia l’arrête plus tôt à cause d’un accident mortel et non à cause de la raison programmatique prévue longtemps à l’avance.

LCS : A-t-elle pleinement joué son rôle durant sa carrière ?

Jean-François Clervoy : Oui. Elle a été conçue pour quatre types de missions : le lancement de satellites commerciaux en grappes pour réduire les coûts et là on s’est trompé. La Nasa a donc très vite arrêté. Les trois autres types de mission étaient de faire voler le laboratoire européen de recherche spatiale Spacelab, préambule a la station spatiale, ramener de gros éléments spatiaux sur Terre et surtout, le lancement d’instruments complexes nécessitant des interventions humaines et l’assemblage de grandes structures dans l’espace. La navette était indispensable pour l’assemblage de l’ISS composée de plusieurs modules internationaux, telle qu'elle elle est aujourd’hui. Les Russes ont un système de modules qui arrivent de manière autonome mais ils ne peuvent pas faire plus que Mir. C’est-à-dire qu’ils accostent les facettes d’un cube central et c’est terminé. Cela impose que chaque module soit un vaisseau spatial à lui tout seul avec ses propres systèmes de propulsion, de navigation et de pilotage. Dans le partenariat international, il y en a qui fournisse la robotique, d’autres les laboratoires scientifiques et d’autres les panneaux solaires. Maintenant que l’assemblage de l’ISS est terminé du côté occidental, la navette n’a donc plus de raison d’être.

LCS : On sent que vous en parlez avec un respect évident ?

Jean-François Clervoy : (Il sourit). J’ai conscience qu’elle m’a ramené sain et sauf à trois reprises de l’espace. Je la respecte plus qu’une masse de métal ou de silice. C’est pour cela qu’on parle du vaisseau en disant « she » comme d’une femme. Elle vous transporte et vous permet de vivre. Vous travaillez à bord et à la fin, elle vous ramène sain et sauf au port.  Mon meilleur souvenir de mission reste tout simplement la vue de la Terre. C’est le regard d’un être humain qui tombe amoureux de sa planète. Quand vous voyez alternativement toutes les quarante-cinq minute l’hémisphère Nord puis l’hémisphère Sud, le côté jour et le côté nuit, les glaciers et les déserts ou encore le Mont Everest, c’est toute la puissance de la Terre en tant qu’être géologique. On admire la planète comme un véritable vaisseau spatial en soi, dont nous sommes un équipage de six milliards de personnes. Et pour vivre cela, il faut aller dans l’espace.

Propos recueillis par Antoine Meunier

 

Crédits photos : NASA/NASA TV

Contacts

http://lachroniquespatiale.over-blog.fr

lachroniquespatiale@gmail.com

 

 

 

 

 

 

©                                            La Chronique Spatiale (2011)

Tag(s) : #USA

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :