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Luca 3

 

22 novembre 2010, L.Parmitano reçoit officiellement son diplôme d'astronaute des mains de Simonetta di Pippo, Directrice des vols habités de l'ESA. A droite, Jean-Jacques Dordain, DG de l'ESA et Michel Tognini, Directeur de l'EAC (Photo: ESA-S.Corvaja)

 

Bien que sa nomination pour l’Expédition 36 en 2013 soit officielle depuis février, Luca Parmitano en reste le premier étonné. Mais ce jeune pilote de chasse, à la passion de l’astronautique communicative, garde la tête froide et se concentre sur l’instant présent.

LCS : Comment avez-vous appris votre sélection pour cette mission et quel fut votre premier sentiment ?

Luca Parmitano : La surprise ! Cela été très surprenant d’être choisi aussi tôt dans mon entraînement car, comme vous le savez, mon intégration au sein du Corps européen des astronautes (EAC) ne date que de mai 2009. J’ai donc été sélectionné pour l’Expédition 36 presque tout de suite. Même aujourd’hui, pendant mon entraînement, chaque fois que j’y pense, je souris car c’est quelque chose d’exceptionnel. C’est un rêve qui bientôt se réalisera.

LCS : C’est effectivement un peu inhabituel d’être choisi aussi tôt pour une mission ?

Luca Parmitano : Vous savez, je pense que c’est toujours exceptionnel d’être retenu pour une mission. Il n’y aucune autre façon d’exprimer ses sentiments. Je suis désolé de répéter les mêmes mots mais pour moi c’est une expérience incroyable de m’entraîner, de me préparer pour cette mission. C’est finalement très difficile d’expliquer mon ressenti.

EVA TrainingEntraînement à l'EVA, des gestes inlassablement répétés... (Photo : ESA-H.Rueb) 

LCS : Vous venez de démarrer votre entraînement. Pouvez-nous dire quels seront les objectifs de cette mission de 2013 ?

Luca Parmitano : Bien sur. C’est une mission de longue durée de six mois à bord de l’ISS. Les détails ne sont pas encore connus car c’est encore trop tôt. Nous aurons une idée plus précise des expériences que nous réaliserons environ dix mois avant le vol. Pour le moment, j’étudie tout ce qui concerne la partie générale du vol. En Russie, je m’entraîne pour être co-pilote du Soyouz que nous utiliserons pour nous rendre à bord de la station. Ici à Houston, je m’entraîne sur les systèmes de bord de l’ISS que je dois parfaitement connaître. Ce qui monopolise la plupart de mon temps. J’ai également travaillé au Canada sur le bras robotique, je possède maintenant la qualification de base comme opérateur. Mais ici au Texas, j’ai réalisé des simulations afin de pouvoir utiliser le bras robotique dans toutes les conditions ; notamment pour assister les astronautes au cours d’une sortie dans l’espace. Ainsi, je m’entraîne également pour capturer tous les objets volants qui approchent de l’ISS comme la future capsule Dragon ou encore l’HTV japonais.

LCS : Est-il possible que vous réalisiez une EVA lors de ce vol ?

Luca Parmitano : Je rêverais de faire une EVA lors de ma mission ! Cependant, il s’agit de détails qui restent à déterminer. D’ailleurs, je crois que c’est le rêve de tous les astronautes. Du moins c’est le rêve d’un astronaute… ! (Rires)

LCS : J’imagine que vous avez déjà rencontré vos futurs équipiers…

Luca Parmitano : Bien sur ! J’ai rencontré mon futur commandant, Maxime Suraev qui est un cosmonaute expérimenté. Il a été ingénieur de bord sur l’Expédition 22. Je m’entraîne également très souvent avec Karen Nyberg qui est l’ingénieur de bord en second. Elle a volé sur la navette lors de la mission STS-124 en 2008. Pour moi, c’est vraiment un honneur de m’entraîner et de pouvoir voler avec des gens aussi importants et aussi expérimentés comme eux.

LCS : En vous écoutant, votre passion et votre enthousiasme sont évidents. Vous avez hâte d’être en 2013 ?

Luca Parmitano : Avant de devenir astronaute, j’étais pilote de jets. Mais pour moi, il y a deux parties. D’une part, je suis super concentré sur ce que je fais en ce moment car l’entraînement est vital pour le vol. D’ailleurs nous disons souvent : « il faut s’entraîner comme il faut voler ». Donc, je m’entraîne toujours comme si la mission devait avoir lieu demain. D’autre part, je pense à ma mission, à ce que je ferai à bord de la station. Je pense à 2013 comme vous le dîtes. Mais Il y a plein de sacrifices à faire pour devenir astronaute. Aussi, je crois qu’il faut avoir la passion pour parvenir à cet objectif. Il faut croire dans la mission, dans ce que nous allons faire, y travailler afin de poursuivre l’exploration. Tout simplement : il faut avoir plein de passion.Luca1

La polyvalence; une qualité indispensable à bord de l'ISS. Luca Parmitano s'entraîne ici, avec ses camarades de la promotion 2009 Andreas Mogensen et Timothy Peake, aux premiers soins médicaux (Crédit photo : ESA-D.Baumbach)

LCS : Vous êtes diplômé de l’EPNER*. Un bagage aussi important que celui-ci vous resservira-t-il à bord de l’ISS ?

Luca Parmitano : Je pense que toutes les expériences sont importantes. L’EPNER a été déterminante car elle m’a donné cette expertise propre aux pilotes d’essais. Elle m’a donnée également, je crois, cette approche d’ingénierie qu’il faut posséder à bord de l’ISS.

LCS : Vous parliez du Soyouz. Comment le pilote militaire que vous êtes a-t-il abordé le passage d’un avion de combat à celui d’un engin spatial ?

Luca Parmitano : En fait, on apprend à piloter un nouvel appareil. Il ne faut donc pas être un pilote de combat ou un pilote de ligne afin de piloter une navette spatiale. Ce qui est différent, c’est l’approche. J’ai déjà des connaissances de base pour comprendre des situations particulières comme les concept d’assiette, de tangage, de lacet ou de translation. Ce sont des choses qui pour moi sont déjà digérées. Je peux donc me concentrer sur le pilotage pur et sur les systèmes du vaisseau et apprendre comment piloter cet engin.

LCS : La navette Discovery revient demain au Centre spatial Kennedy** (KSC). Le pilote que vous êtes aurait-il aimé se retrouver aux commandes d’une machine aussi mythique ?

Luca Parmitano : Mais bien sur ! J’ai toujours trouvé que la navette spatiale reste une machine très belle pour ses performances, pour ce qu’elle a réalisé au cours de la conquête spatiale et dans l’histoire de la station. Pouvoir commander une telle machine aussi mythique, comme vous dites, c’est un rêve pour n’importe quel astronaute. Surtout pour moi avec mon passé de pilote, j’admets que cela aurait été un rêve. Mais vous savez, dans l’avenir il y aura d’autres machines. Chaque fois qu’une personne me dit que ce n’est peut-être pas le bon moment pour devenir astronaute, moi je pense le contraire. Il y a un futur plein de nouveautés qui se réaliseront sûrement, même un vaisseau européen (pourquoi pas ?). Il y aura aussi les capsules commerciales comme le Dragon. Ainsi, je crois qu’un jour j’aurais la chance de commander un vaisseau.

LCS : Que peut-on vous souhaiter pour ces deux prochaines années ?

Luca Parmitano : De continuer à m’entraîner comme je le fais depuis les six derniers mois car c’est vraiment une expérience unique et incroyable. Je souhaite que tous les astronautes qui voleront après moi,  aient une expérience comparable à la mienne car cette préparation est vraiment quelque chose d’unique.

Propos recueillis par Antoine Meunier

Remerciements à Jean Coisne de l’EAC

 

 

Contacts

http://lachroniquespatiale.over-blog.fr

lachroniquespatiale@gmail.com

 

 

 

 

*EPNER : Ecole du Personnel Navigant d’Essais et de Réception.

Fondée en 1946, elle est établie sur la base aérienne d’Istres. Elle a pour vocation de former les équipages destinés aux vols d’essais des aéronefs.

 

 

** L’entretien a été réalisé le 8 mars dernier, soit une journée avant le dernier atterrissage de la navette Discovery.

 

 

©                                                        La Chronique Spatiale (2011)

Tag(s) : #Interviews

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