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"La présence des astronautes européens est en adéquation avec notre participation dans l'ISS", souligne Michel Tognini

Avec le retrait du service actif des navettes, la desserte de l’ISS sera effectuée par le Soyouz russe pour tous les équipages internationaux durant au moins cinq ans, le temps pour les Etats-Unis de disposer d’un nouveau moyen d’accès à l’espace. En 2009, l’ESA a renforcé les effectifs de ses astronautes, avec l’arrivée de six nouvelles recrues dont le Français Thomas Pesquet. Pour « LCS », Michel Tognini, patron du Corps européen des astronautes (EAC) évoque, entre autres, les prochaines possibilités de vol de ses troupes.

 

LCS : Est-ce que les critères de recrutement, de la dernière promotion, ont été plus draconiens par rapport à ceux de la précédente ?

Michel Tognini : Avec le recul de la sélection faite en 1992, nous avions vu qu’il y avait des candidats qui n’étaient pas vraiment aptes médicalement. Nous avons donc tenu à diminuer le nombre de personnes qui se présentaient (d’un point de vue médical) en leur demandant de disposer d’un certificat de pilote privé avant de disposer du « pass-word » du dossier de candidature dans le site Internet de l’ESA. Malgré cela, nous avons quand même eu 8400 postulants dans les Etats membres de l’Agence Spatiale Européenne. Sinon les critères généraux restent globalement les mêmes. Ce ne sont plus forcément des pilotes ou des scientifiques mais des gens un peu mixtes. C’est le cas de la promotion de 2009 : il y a des pilotes militaires dont un civil*, des ingénieurs et des scientifiques.

LCS : Y’a-t-il malgré tout des différences entre un astronaute recruté dans les années 80/90 et un astronaute recruté dans les années 2000 ?

Michel Tognini : Celui qui est recruté dans les années 90 est plus vieux que celui qui est recruté dans les années 2000…(rires). Plus, sérieusement, les critères restent à peu près les mêmes. Peut-être demandons-nous encore plus d’excellence. Cependant, nous ne voulons pas forcément besoin d’avoir des surdoués dans l’espace. Nous avons simplement besoin d’avoir des gens qui fassent le travail imposé. Comme nous avons fait une sélection qui est basée sur différents critères : physiques, sportifs, psychologiques et intellectuels, c’est pour cela que les personnes retenues en 2009 sont vraiment d’un excellent niveau.

Soyuz TMA-7

(crédit photo : NASA). Sur la période 2010/2020, les astronautes européens ont huit vols disponibles à bord du Soyouz...

 

LCS : L’arrêt du Shuttle ne risque-t-il pas de limiter le nombre d’opportunités de mission pour les astronautes européens ?

Michel Tognini : Pas vraiment, car depuis deux ou trois ans, l’accès à l’espace ne se fait que par le Soyouz pour les vols de longue durée. Nous allons continuer ce que nous faisons depuis trois ans.

LCS : Toutefois, comment créer de nouvelles opportunités de vol ?

Michel Tognini : Aujourd’hui, nous avons réussi à consolider avec la NASA notre participation en tant que membre du secteur américain sur l’ISS. Depuis 2010, nous avons un vol par an jusqu’en 2015. Après, nous aurons trois vols jusqu’en 2020. Ce qui fera huit vols sur dix ans. Rappelons qu’il s’agit tout de même de missions de six mois, ce qui est en adéquation avec notre participation dans la station. Cependant pour répondre à votre question, plusieurs options seraient possibles. On pourrait augmenter le pourcentage dans la participation de l’ISS (8%) avec, par exemple, une compensation financière auprès des Etats-Unis ou encore un échange de hardware que nous fournirions aux américains contre des vols habités. On pourrait encore payer des places supplémentaires chez les Russes. Ce qui est une autre alternative.

 LCS : Justement, il y a deux ans il a été évoqué la possibilité d’un Soyouz habité totalement européen. Où en est ce projet ?

Michel Tognini : C’est un projet qui est toujours d’actualité mais reste pour le moment en attente..

LCS : L’ESA a signé un accord avec Thales qui porte sur l’IXV**. Ne trouvez-vous pas que l’Europe multiplie les étapes et, qu’après l’ATV, on pourrait passer directement à un véhicule habité ?

Michel Tognini : Lorsqu’on fait ce genre de projet, il est peut-être préférable de réaliser d’abord une capsule automatique récupérable pendant quelques années avant de passer à la capsule habitée. Simplement parce qu’il est nécessaire de valider les paramètres de décollage, d’orientation et bien sur de rentrée atmosphérique.

 

800px-International Space Station after undocking of STS-13

...pour des missions de longue durée à bord de l'ISS (crédit photo : NASA)

LCS : Cela a pourtant été réalisé avec l’ARD il y a dix ans…

Michel Tognini : Effectivement mais cela s’est fait sur une échelle plus petite. Il est vrai que le concept est validé mais il est nécessaire de poursuivre les tests.

LCS : Selon vous, qu’est-ce qu’il manque pour que le Vieux continent se lance dans un vaisseau habité ?

Michel Tognini : C’est simple. Il manque plus d’investissements et de convictions de la part de l’Europe. Il faut aussi plus de soutiens politiques. L’Allemagne apporte un gros support politique ce qui n’est pas le cas de la France.

LCS : Aujourd’hui le Soyouz est le seul moyen d’accès à l’espace mais en allant plus loin, est-il possible d’envisager qu’un astronaute européen s’envole un jour sur le vaisseau chinois Shenzou ?

Michel Tognini : Pas demain mais après-demain, oui…(rires). Il y a quelques années j’ai écrit un article sur ce sujet en disant que l’on peut faire un pont entre la Terre et la Lune qui serait le même que le pont entre la Terre et Mars avec sept segments. A l’époque, nous faisions la station avec cinq partenaires. Si l’on prend les cinq partenaires de l’ISS et que l’on rajoute la Chine et l’Inde on arrive à sept partenaires. Maintenant, je vous pose la question : sept segments pour aller vers Mars ou la Lune, soit sept partenaires. Qu’est-ce que l’on fait ? Chaque partenaire construit donc son propre segment. Donc, je crois que le jour ou l’on arrivera à ce stade, on aura résolu les problèmes pour aller dans l’espace et une mission habitée vers notre satellite - avec alunissage -, pourrait ainsi tout à fait s’envisager…

Propos recueillis par Antoine Meunier

Remerciements à Jean Coisne

 

 

 

Crédits photo M.Tognini : Antoine Meunier

Contacts

http://lachroniquespatiale.over-blog.fr

lachroniquespatiale@gmail.com

 

* Thomas Pesquet est effet pilote d’Airbus A320

**IXV : Intermediate Experimental Vehicle (cf. chronique du 22 juin dernier)

 

©                                            La Chronique Spatiale (2011)

Tag(s) : #Interviews

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