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FaceA300 0G

Un premier vol en zéro G, ouvert au grand public, pourrait avoir lieu d'ici la fin de l'année

Depuis presque trois ans, Jean-François Clervoy travaille à ouvrir les vols paraboliques au grand public en Europe. Ce devrait être chose faite d’ici la fin de l’année. Toutefois, l’astronaute, également PDG de Novespace, filiale du CNES qui vend les vols paraboliques aux agences spatiales,  se veut très clair : cette initiative est d’abord pédagogique avant d’être commerciale.

 

LCS : Quand serez vous prêt pour un premier vol civil ?

Jean-François Clervoy : Tous les voyants sont au vert. Nous devrions cet automne obtenir l’autorisation de la DGAC pour quelques vols par an et espérons réaliser un premier vol avant la fin de l’année. Le but n’est pas d’en faire un business en volant tous les week-ends mais de réaliser quelques vols pour évaluer le marché afin de préparer, peut-être, une activité plus soutenue avec l’avion futur, si nous voyons qu’avec celui-ci (l’A300 Zéro G), il y a réellement une demande. Mais la feuille de route que nous nous étions fixés avec la DGAC*, depuis environ trois ans, a suivi son cours. De plus, l’EASA** a été associée au projet afin d’évaluer la sécurité de l’appareil, des opérations en vol et de la manière dont nous organisons ces vols paraboliques.

LCS : Quel a été le rôle de l’EASA ?

Jean-François Clervoy : C’est elle qui délivre les certifications de navigabilité d’un nouvel avion de ligne. Cependant, pour les avions modifiés pour la recherche, c’est la DGAC qui en est responsable en France.  Comme la DGAC ne possède plus les services techniques capables d’analyser le niveau de sécurité des vols sur ce type d’avion, elle a demandé à l’EASA de fournir cette expertise pour notre appareil qui, à l’origine est  un prototype servant le programme A300.

LCS : L’avion est donc conforme ?

Jean-François Clervoy : Il sera déclaré conforme par l’EASA aux spécifications adaptées à notre activité que lui a défini la DGAC. Il reste juste un point à voir : des pilotes d’essai indépendants évalueront l’aspect « Vol ». Pour cela, nous devons attendre le prochain vol à la rentrée.

JF Clervoy

L'objectif de Jean-François Clervoy en ouvrant les vols paraboliques au grand public est avant tout de faire parler d'espace

LCS : Qu’en est-il de la possibilité d’acquérir un nouvel avion ?

Rappelons d’abord que notre mission est d’offrir un laboratoire de recherche en microgravité et aussi en gravité lunaire et martienne. En juin, nous avons réalisé la première campagne entièrement dédiée à la gravité réduite pour des expériences ne s’intéressant qu’à la gravité 0,16G (Lune) ou 0,38G (Mars). Le fait est que cet appareil - l’A300 n°3 -, arrivera en fin de vie en 2014. Ne serait-ce que pour l’activité nominale de Novespace, il nous faut un nouvel avion. Nous avons commencé à prospecter avec Airbus pour voir par quoi le remplacer. Ce sera vraisemblablement soit un A300-600, les derniers sont sortis d’usine il y a deux ans et demi, et il possède les mêmes principes de commande à câble mécanique. Ce pourrait aussi être un A310. Il s’agit d’un avion plus court mais nous pouvons dégager une surface intérieure identique à celle de notre avion actuel (20m de long sur 5 de large). Il a le même diamètre, c’est pour cela que nous l’envisageons. Depuis plus de six mois, nous préparons avec l’armée de l’Air, à qui nous allons louer un A310, un essai en vol pour valider la capacité de cet appareil à fournir le même temps et la même qualité d’apesanteur que notre A300.

Cela est donc totalement découplé de l’ouverture au public que nous souhaitons donc réaliser prochainement sur notre avion actuel, non seulement pour évaluer le marché et la demande mais aussi pour occuper le terrain avant que des organismes américains, russes ou autres viennent en Europe.

Intérieur ZeroG

Avant d'embarquer à bord à de l'avion de Novespace, qui sera aménagé pour l'occasion, les passagers devront se soumettre à une expertise médicale

LCS : Dans quelle mesure ?

Jean-François Clervoy : Prenez le cas de la société américaine Zéro G Corp. Cette dernière exploite un B727 et vole exclusivement aux Etats-Unis. Les justifications qui ont motivé la DGAC à nous soutenir, c’est le fait que nous souhaitons éviter que la concurrence vienne en Europe réaliser des vols paraboliques pour le public, et dans la foulée, proposer des services scientifiques. Zéro G Corp fait aujourd’hui certains vols scientifiques commandés par la NASA. L’administration américaine dispose d’un C9 qui lui coûte cher à la maintenance. Elle a eu pour instruction de regarder si, dans le domaine privé, il y avait des fournisseurs potentiels de ce service. Zéro G Corp est une société réalisant des baptêmes de l’air en vols paraboliques. Elle a signé des contrats avec l’agence spatiale américaine qui l’engage pour faire des vols paraboliques pour ses besoins scientifiques. C’est une activité que nous réalisons également. Cependant, le service rendu à la NASA est de moins bonne qualité que celui que nous offrons aux scientifiques européens, tout simplement parce que cette société américaine n’est pas dimensionnée pour le service à la recherche.

Ainsi, rien n’empêcherait une organisation concurrente (la NASA avec son C9, Zéro G Corp avec leur B727 et les Russes avec l’Iliouchine 79) de venir rencontrer les patrons d’agences européennes pour leur proposer des vols paraboliques moins chers que Novespace. C’est un risque. Toutefois, en Europe, nous sommes les mieux placés aujourd’hui (et peut-être dans le monde) pour fournir ce genre de prestation à la communauté scientifique. Notre avion est équipé spécifiquement pour satisfaire les besoins de servitude embarquée des chercheurs, tels que les alimentations électriques, ou les points d’évacuation de gaz vers l’extérieur de certaines expériences scientifiques. Je pense, en toute objectivité que nous sommes les meilleurs prestataires en matière de vols paraboliques. Cela dit, pas question de s’endormir sur nos lauriers et nous dire « nous sommes les meilleurs au monde à fournir ce service car notre avion a été conçu dès le départ pour cela donc nous ne risquons rien». Novespace est une S.A de droit privé mais demain, quelqu’un peut tout à fait acheter un A300-600 et tenter d’offrir les mêmes services pour moins cher. C’est un des points que nous avons mis en avant pour recueillir l’appui de la DGAC.

LCS : Revenons-en aux vols réservés au grand public. Avez-vous déterminé un profil client ?

Jean-François Clervoy : Non. Nous n’avons pas fait d’étude de marché. Nous nous appuyons sur celles réalisées pour le vol suborbital dont celles de Futron qui figurent parmi les plus connues. D’autres ont été faites par Astrium. Et nous savons que, compte tenu de ceux qui sont fanas d’espace au point de payer 150 000 euros un vol suborbital en attendant trois à cinq ans, il y a derrière un marché pour le vol parabolique au tarif de quelques milliers d’euros. Si nous faisons quelques vols par an, nous verrons le type de personne qui se présentera. Cependant, nous imposerons un minimum d’expertise médicale pour filtrer afin d’être sur de ne pas se retrouver avec quelqu’un qui panique ou qui ait un problème ORL par exemple. Ce ne sera donc pas comme Zéro G Corp ou la personne qui souhaite voler signe une décharge où elle se déclare en bonne santé et capable d’effectuer le vol.

LCS : Justement, que coûtera un vol parabolique pour une personne désireuse de tenter l’expérience ?

Jean-François Clervoy : De l’ordre de 4 000 euros. Ce billet payé par le passager servira notamment à financer une compensation carbone, un soutien à la recherche spatiale et aussi une contribution à la maintenance. Celle-ci est payée par les agences spatiales afin que l’avion soit disponible à tout moment pour la recherche scientifique. Il n’y a pas de raison que l’ESA et le CNES fournissent, seuls, cet effort financier et que cela serve à d’autres activités qui n’ont rien à voir avec la recherche.

 

Vue A300 0GL'A300 exploité par Novespace, ici au Salon du Bourget, devrait être remplacé en 2014 soit par un A300-600 ou un A310


LCS : Nous parlons des passagers, sur quoi misez-vous pour faire revenir vos futurs clients ?

Jean-François Clervoy : Que les choses soient claires. Mon objectif en ouvrant les vols paraboliques au grand public n’est pas de faire gagner de l’argent à Novespace…

LCS : D’accord, mais vous êtes une société commerciale comme les autres ?

Jean-François Clervoy : Oui, mais la valeur ajoutée de Novespace, son revenu principal, n’est pas dans l’organisation des vols. C’est l’expertise de ses ingénieurs qui vont rencontrer les scientifiques dans leurs laboratoires pour leur expliquer comment modifier une expérience de laboratoire en quelque chose qui soit transportable dans un avion. Nous vendons de la matière grise aux scientifiques et nous leur apprenons parfois même à mieux travailler dans leur laboratoire. Pour ma part, mon but en faisant quelques vols par an avec le grand public, c’est de faire parler des vols paraboliques mais surtout de l’espace. Nous ne cherchons pas en faire un business pour gagner de plus en plus d’argent. Ce n’est pas notre raison d’être. Peut-être qu’à terme, si nous voyons qu’il y a vraiment un marché, nous créerons une filiale qui fera des vols toutes les semaines. Mais aujourd’hui, avec seulement cinq à dix vols par an, c’est «peanuts». Ce n’est pas cela qui fera que Novespace sera plus « riche ». Il faudrait faire des vols toutes les semaines. Mais nous trouverions tout de même dommage que nous, probablement les meilleurs experts de cette discipline, laissions les vols paraboliques de type « baptêmes de l’air » en Europe à d’autres…

Propos recueillis par Antoine Meunier

 

 

 

 

Crédits photos : Antoine Meunier

Contacts 

http://lachroniquespatiale.over-blog.fr

lachroniquespatiale@gmail.com

 

*DGAC : Direction Générale à l’Aviation Civile.

**EASA (European Aviation Safety Agency) : Agence Européenne de Sécurité Aérienne. Outre la sécurité du ciel en Europe, elle délivre également les certifications de navigabilité d’un nouvel avion de ligne.

 

 

©                                                        La Chronique Spatiale (2011)

Tag(s) : #Interviews

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